Où est passée la lutte contre la pauvreté et l'exclusion sociale ?

Par François Saillant

Candidat de Québec solidaire dans Rosemont

Le 13 décembre 2002, le Parti québécois, le Parti libéral du Québec et l’Action démocratique du Québec votaient à l’unanimité la loi 112 « visant à lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale ». L’objectif affirmé de la Loi était de « parvenir en dix ans au rang des nations industrialisées, comptant le moins de personnes pauvres » (article 4). Comme le prochain gouvernement aura un rôle déterminant dans l’atteinte ou non de cet objectif, nous aurions été en droit de nous attendre à ce que la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale occupe une place importante dans les plates-formes électorales des trois partis représentés à l’Assemblée nationale. Il n’en est pourtant rien.

Les mots « pauvreté » et « exclusion sociale » ne font même pas partie du vocabulaire utilisé dans les plates-formes du Parti québécois et de l’Action démocratique du Québec. Ils se frayent un chemin dans celle du Parti libéral, mais c’est d’abord pour lui permettre de se vanter de la performance du gouvernement Charest en la matière.

Arrivons-en aux mesures plus concrètes, à commencer par le salaire minimum. Aucun des trois partis ne propose de l’augmenter au-delà des 8 $ de l’heure déjà annoncés pour le 1er mai prochain. Pourtant, même en travaillant 40 heures par semaine, un individu travaillant à un tel taux horaire ne gagnera que 16 640 $ par an, soit 80 % du seuil de faible revenu avant impôt déterminé par Statistiques Canada… pour 2005.

Les personnes assistées sociales ne font pas l’objet de plus de considérations que celles travaillant au salaire minimum, ce qui n’est évidemment pas un hasard. Tout en admettant que « les plus démunis de la société québécoise sont les bénéficiaires de l’aide sociale », le Parti québécois se résigne à s’«assurer que leur situation ne se détériore pas ». Sa seule proposition est donc d’indexer pleinement les prestations d’aide sociale, mettant ainsi fin à la mesquine pratique du gouvernement Charest qui depuis trois ans n’a accordé qu’une demi-indexation aux personnes assistées sociales n’ayant pas de contraintes à l’emploi. La prestation de base continuera donc d’équivaloir à 548 $ par mois, ce qui n’est même pas le tiers du seuil de faible revenu.

L’Action démocratique du Québec, elle, propose la hausse des prestations des personnes ayant des contraintes sévères à l’emploi, en même temps que « le retour au travail nécessaire des bénéficiaires aptes au travail ». Que veulent dire les mots « retour au travail nécessaire ». L’obligation pour les prestataires d’accepter n’importe quel emploi, sous peine de perdre ses prestations ? L’imposition d’une limite de temps à l’aide sociale?  L’ADQ se fait volontairement vague à ce sujet.

Enfin, le Parti libéral se contente d’un ramassis de vœux pieux sur « les enfants en situation de pauvreté », les jeunes adultes qui devraient « intégrer un emploi » et les « parents en difficulté ».

Quant au logement social, l’absence de tout engagement de la part du PLQ, du PQ et de l’ADQ est tout simplement navrante, surtout que 187 millions $ de fonds fédéraux pouvant être utilisés à cette fin dorment dans une fiducie depuis le budget Flaherty de mai 2006. Les problèmes de logement se seraient-ils évaporés, maintenant que le marché locatif est revenu à un certain équilibre? Les familles et les personnes à revenus faible et modeste parviennent-elles plus facilement à se loger? Le croire ou le faire croire, c’est ignorer qu’en octobre 2006, aucun logement de trois chambres à coucher n’était inoccupé à moins de 500 $ dans la région de Montréal, à moins de 550 $ dans celle de Québec et à moins de 600 $ dans celle de Gatineau!

Le plan de Québec solidaire

Québec solidaire est le seul parti à se soucier de la loi 112 qu’il propose non seulement d’appliquer, mais de renforcer sans délai. Il est aussi le seul parti à prendre des engagements concrets en matière de pauvreté et d’exclusion sociale : augmentation progressive du salaire minimum à 10 $ de l’heure indexé sur une base annuelle; augmentation et indexation annuelle des prestations de toutes les personnes à l’aide sociale, de manière à ce que ces prestations permettent de couvrir tous les besoins essentiels; financement de 8000 nouveaux logements sociaux par année et adoption de toute autre mesure, législative ou autre, nécessaire pour combattre les problèmes de logement et l’itinérance, etc.

Toutes ces mesures ont évidemment un coût, un coût qu’il faut être collectivement prêts à assumer si nous sommes sérieux dans notre volonté d’en arriver à un Québec sans pauvreté, mais un coût auquel nous avons les moyens de faire face, si nous nous donnons les moyens de répartir plus équitablement les richesses par une réforme en profondeur de la fiscalité.