François Saillant à l'Assemblée des Premières Nations: «Nous avons à vivre ensemble!»
Allocution de François Saillant lors du débat organisé par l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, tenu à Montréal le 20 mars 2007.
Vous me permettrez, en commençant cet exposé, d’avoir une pensée pour Jeanne-Mance Charlish, une Innue de Mashteuiatsh aujourd’hui décédée. C’est de Jeanne-Mance et d’autres Innus, Mohawks ou Cris que j’ai eu l’occasion de côtoyer que j’ai appris que la Terre ne nous appartient pas. C’est nous qui appartenons à la Terre.
Québec solidaire se réclame de grandes valeurs : le respect de la nature et des personnes, la justice sociale, la démocratie, l’égalité entre les hommes et les femmes, l’établissement de liens plus égalitaires et pacifiques entre les peuples du monde.
Ce sont ces valeurs qui nous ont convaincus de prendre des engagements formels, dans notre plate-forme électorale, en faveur de la reconnaissance des droits des peuples autochtones.
En tête de ces droits, il y a tout d’abord le droit à l’autodétermination, le droit des dix nations amérindiennes et du peuple inuit vivant sur le territoire du Québec à disposer en toute liberté de leur sort.
Les droits ancestraux des peuples autochtones doivent également être pleinement reconnus.
Québec solidaire veut par ailleurs favoriser l’accès des nations autochtones aux ressources et aux territoires. Et cela ne pourra se faire que par des négociations d’égal à égal, de nation à nation, avec les onze autres peuples vivant au Québec.
De plus, Québec solidaire s’engage à soutenir les démarches des Autochtones hors réserve pour améliorer leurs conditions de vie, de même que celles des femmes Autochtones pour le respect de leurs droits.
Après à peine plus d’un an d’existence, notre parti n’envisage évidemment pas de prendre le pouvoir dès l’élection du 26 mars. Nous voulons cependant faire élire, dès maintenant, des femmes et des hommes à l’Assemblée nationale. Peu importe le nombre de ces élus, nous nous engageons à ce qu’un de leurs premiers gestes soit la présentation d’une motion à l’Assemblée nationale en faveur du Projet de déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.
J’ai personnellement honte de l’obstruction du Canada à l’adoption par l’Assemblée générale des Nations unies de cette Déclaration qui est en discussion depuis 1985 dans différentes instances de l’ONU.
J’ai tout aussi honte que, 22 ans après l’adoption par l’Assemblée nationale d’une résolution reconnaissant l’existence de 11 nations autochtones sur le territoire du Québec, des partis politiques puissent encore se présenter devant l’électorat sans prendre aucun engagement quant à nos relations avec les premiers habitants de ce pays.
Thème 1 : Reconnaissance politique des Premières nations
C’est une attitude de respect et de reconnaissance que Québec solidaire propose d’adopter dans nos relations avec les peuples autochtones.
Nous ne pouvons nier aux autres peuples vivant sur ce territoire ce que nous réclamons pour nous-mêmes : le droit à l’autodétermination, le droit de décider librement de notre sort.
Nous ne pouvons non plus effacer, aliéner, les droits ancestraux des peuples autochtones qui n’ont jamais renoncé à leur culture, leur langue, leur spiritualité, leurs traditions, leurs activités traditionnelles (chasse, pêche, piégeage, récolte, cueillette, commerce, etc.). Pour Québec solidaire, ces droits ancestraux comprennent aussi les droits aux territoires et à l’autonomie politique.
Les positions de Québec solidaire s’inspirent du Projet de déclaration de l’ONU sur les droits des peuples autochtones. Au Conseil des droits humains des Nations Unies, seulement deux pays se sont opposés à ce projet de déclaration: le Canada et la Russie… Pour que la Déclaration soit finalement adoptée, il ne reste qu’à passer le cap de l’Assemblée générale de l’ONU, ce qui est loin d’être joué, compte tenu de l’opposition active de certains pays, dont le Canada.
C’est entre autres pour mettre de la pression sur le gouvernement fédéral que Québec solidaire s’engage à proposer à l’Assemblée nationale une motion d’appui au Projet de déclaration. J’en appelle aux représentantes et représentants des autres partis à prendre, dès ce soir, le même engagement formel.
Thème 2 : Accès aux territoires et aux ressources
Au cours des dernières semaines, nous avons vu des partis politiques promettre de grands projets hydro-électriques en territoires cri et innu, sans même s’être assurés de l’accord de ces peuples et en cherchant à les mettre devant un fait accompli. L’ADQ l’a fait avec Grande-Baleine, le Parti libéral avec La Romaine. N'apprendrons-nous jamais de nos erreurs?
Québec solidaire propose une vision différente au plan écologique comme sur le plan des relations avec les Premières nations.
Dans ses propositions pour le développement éolien et la protection des forêts, Québec solidaire veut s’assurer de l’accord et de la participation des communautés autochtones qui recevraient leur juste part des retombées économiques découlant des activités dans ces domaines.
Québec solidaire va cependant beaucoup plus loin. Il propose de favoriser l’accès des Premières nations aux ressources et aux territoires. Cela devra passer par des négociations menées d’égal à égal, de peuple à peuple.
Évidemment, ces négociations devront prendre en compte la présence sur une partie des territoires concernés de Québécois et de Québécoises qui s’y sont établis de longue date et y ont bâti leur vie. C’est dans ces dossiers plus complexes, sources potentielles de tensions et de conflits, que le respect mutuel, la transparence, la démocratie prendront toute leur importance.
Thème 3 : Conditions de vie
La situation des peuples autochtones est à plusieurs égards tout simplement scandaleuse. Dans les communautés, les conditions de logement sont souvent déplorables, tout comme le sont l’ampleur de la pauvreté, l’absence d’emploi, l’analphabétisme, le faible niveau de scolarité. L’espérance de vie est plus basse que dans la population québécoise. L’alcoolisme, la toxicomanie, la violence faite aux femmes et aux enfants gangrènent le tissu social. Le suicide est un fléau, surtout chez les jeunes.
Hors réserve, trop d’Autochtones doivent vivre l’isolement, la perte d’identité et de repères, le racisme, l’itinérance et là aussi le cercle vicieux de l’alcool, des drogues, de la violence et du suicide.
C’est pour faire face à ces problèmes que l’Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador a lancé la Mission 10 000 possibilités lors du Forum de Mashteuiasth en octobre 2006 : création de 10 000 emplois, raccrochage scolaire de 10 000 jeunes, construction de 10 000 logements. Lors de sa présence à ce Forum, la porte-parole nationale de Québec solidaire, Françoise David, s’était montrée favorable à cette approche qui serait entre autres rendue possible par l’accès aux territoires et aux ressources.
Dans ses engagements électoraux, Québec solidaire se montre aussi ouvert à deux préoccupations plus précises.
Il s’engage d’abord à soutenir les démarches des Autochtones hors réserve pour améliorer leurs conditions de vie. Les centres d’amitiés autochtones et les autres initiatives communautaires s’adressant aux Autochtones vivant en milieu urbain doivent être adéquatement appuyés.
Québec solidaire s’engage également à appuyer fermement les démarches des femmes Autochtones, en rendant accessibles des ressources financières et autres. Cet engagement se veut une reconnaissance de l’apport inestimable des femmes Autochtones et de l’association Femmes Autochtones du Québec, dans l’amélioration des conditions de vie dans les communautés, dans les efforts pour mettre fin aux violences, dans la lutte contre la discrimination et pour la pleine reconnaissance des droits de toutes et de tous.
Mot de la fin
Que les partis politiques s’en aperçoivent ou non, les relations avec les Premières nations représentent un défi incontournable. La qualité ou non de ces relations aura un rôle déterminant sur notre avenir à toutes et à tous, autochtones comme non-autochtones.
Nous avons à vivre ensemble. Nous avons à cohabiter, à vivre côte à côte. Nous avons un rôle commun à jouer pour assurer l’avenir de cette terre et des êtres qui y vivent.
Québec solidaire se réclame de la souveraineté du Québec comme moyen de changer en profondeur la société et de permettre au peuple québécois de s’épanouir pleinement. Cette souveraineté, elle devra cependant se faire dans le respect des autres peuples partageant le territoire du Québec et dans la pleine reconnaissance de leurs droits.
Des injustices innommables ont été commises par le passé à l’égard des nations autochtones, et pas juste par le gouvernement fédéral. Ces injustices, elles, sont loin, très loin, d’être réparées. La guérison sera longue.
Nos relations avec les Premières nations doivent être rebâties sur des bases nouvelles.
C’est assez le pillage des territoires et des ressources!. C’est assez l’assimilation, qu’elle soit forcée ou plus subtile! C’est assez le racisme, la discrimination et les préjugés! L’heure n’est plus au paternalisme, à l’ignorance ou à l’oubli. Elle n’est plus à la reconnaissance du bout des lèvres.
Nos relations doivent être basées sur l’égalité, sur la reconnaissance réelle des droits collectifs autant qu’individuels. Elles doivent reposer sur le respect mutuel.
L’argent ne règlera pas tout. Des ressources financières suffisantes seront néanmoins nécessaires pour épauler les efforts des communautés amérindiennes et inuit, des organismes communautaires travaillant en milieu urbain, des groupes de femmes Autochtones.
Il faut aussi et surtout permettre aux nations autochtones de disposer territoires et des ressources leur permettant d’avoir les moyens de leur autonomie. Et pour ça, il faut que nous soyons prêts à nous asseoir à la table de négociations en toute égalité.
Est-ce que ce sera facile? Non, ce ne sera pas facile. Est-ce qu’il y aura des tiraillements? C’est possible. Est-ce qu’il y aura des risques? Bien sûr, mais les risques seront autrement plus grands, si nous continuons à nous enfouir la tête dans le sable et à espérer que les problèmes se règleront par eux-mêmes.
Merci.

