Pourquoi je vous invite à voter Québec solidaire
Depuis la crise économique des années 80, on peut noter au Québec et ailleurs un lent glissement vers ce que j’appellerai un « réalisme de droite », un réalisme de bon aloi qui, comme par enchantement, convient mieux aux nantis qu’aux démunis. Les preuves les plus flagrantes sont sans doute ces statistiques qui démontrent qu’au Canada, bien que la richesse globale ait augmenté, l’inégalité de la répartition de cette richesse a augmenté entre 1984 et 2005.
Dans un rapport émis par Statistique Canada en 2002, déjà on soulignait ce phénomène : « L'inégalité de la richesse s'est accrue entre 1984 et 1999. L'augmentation s'est accompagnée de baisses considérables de la richesse réelle moyenne et médiane de certains groupes, comme les jeunes couples avec enfants et les immigrants récents. » Si ce glissement a bien commencé, il est loin d’être achevé, heureusement, et c’est la raison pour laquelle, aujourd’hui plus qu’hier, il faut donner un signal de notre désaccord (si tant est que l’on n’est pas d’accord, bien entendu).
Pour la première fois depuis très longtemps, avant même que les élections aient été annoncées, je savais déjà pour qui j’allais voter et pourquoi je voterais ainsi. Le 26 mars 2007, je vais voter pour Québec solidaire et, ici, à Rimouski, pour Guylaine Bélanger. J’aimerais vous expliquer les trois raisons majeures qui me poussent vers ce choix.
L’ÉDUCATION : S’ENGAGER CONCRÈTEMENT POUR L’AVENIR
Québec solidaire est un parti à peine naissant. Il ressemble un peu, vu de l’extérieur, à un adolescent un peu fou, plein de rêves et d’espoirs, une créature toute jeune, parfois imprévisible, mais dont on peut dire qu’elle a une belle personnalité, un bon fond et que ses idéaux démontrent enfin que le rêve fait encore partie de ses horizons d'attente. Je suis enseignante. Je travaille avec de jeunes adultes qui viennent tout juste d’avoir 18 ans.
Je les entends très souvent, si souvent..., tenir un discours raisonnable, le discours raisonnable que l’on sert à longueur de journée sur nos ondes : le déficit, la dette, l’avenir bouché, trop de vieux, pas assez de jeunes, il faut cesser de rêver, de vouloir décrocher la lune, revenons sur terre, travaillons plus, consommons plus et tout s’arrangera. Ils ont bien appris la leçon : ils sont en classe 20 à 30 heures par semaine, ils travaillent dans des restaurants, des cantines, des magasins 15 à 20 heures par semaine, ils doivent encore étudier, disons, un minimum de 15 heures par semaine s’ils veulent réussir, ce qui leur fait des semaines au minimum de 50 à 65 heures de travail. S’ils ont une job, ils ont droit à des brimborions de prêts (et encore) parce qu’on les pénalise, au final, de vouloir être autonomes. S’ils ne travaillent pas, ils ont des prêts et bourses qui leur assurent un endettement certain au sortir de leurs études. C’est leur réalité. Ils sont jeunes et, déjà, ils courent après le temps!
On sait que celui ou celle qui a fait des études supérieures fera un meilleur salaire que celui qui n’a pas eu cette chance ou ce désir. On sait que le secteur manufacturier bat de l’aile. On sait que l’on vit dans une société qui valorise le savoir et que ce savoir ne cesse d’augmenter et de complexifier notre réalité. Et on songe malgré tout à couper dans les programmes offerts aux Cégeps, faute d’un nombre d’élèves (que l’on ose appeler clients!) suffisant? J’aimerais citer une fois de plus le rapport évoqué plus haut : « La richesse réelle médiane et la richesse réelle moyenne ont progressé beaucoup plus chez les familles dont le soutien économique principal était un diplômé universitaire que chez les autres familles; toutes deux ont baissé chez les familles dont le soutien économique principal était âgé de 25 à 34 ans et augmenté chez celles dont le soutien économique principal était âgé de 55 ans ou plus. »
Dans ce même rapport, on dit encore que l’endettement étudiant est l’un des facteurs d’appauvrissement des jeunes gens. Nos lucides crient à droite et à gauche que nous devons être réalistes et cesser d’être des enfants gâtés et proposent du même souffle d’augmenter les frais de scolarité, alors que c’est la gratuité scolaire qu’il faut choisir. Je ne supporte pas l’idée qu’un jeune adulte sorte du cégep ou de l’université avec un diplôme dans une main et une dette allant entre 10 000 et 30 000 $ dans l’autre. C’est comme cela qu’on crée notre avenir?
Pour avoir vu trop de jeunes renoncer aux études en raison de ce fardeau des dettes, je dis non. Pour avoir vu trop de jeunes se brûler en menant de front les deux vies (études et travail), je dis non. De plus, et cela me révolte, un enfant issu d’une famille dont les revenus sont confortables verra ses études payées par ses parents et n’aura donc aucune dette en finissant. Mais un enfant, dont les parents n’ont pas les moyens financiers de lui venir en aide, finira ses études plus pauvre encore qu’il ne l’était en commençant. Quel beau message de solidarité sociale nous envoyons!
Québec solidaire propose la réduction des frais de scolarité et la révision du régime d'aide financière afin d’éliminer l’endettement étudiant. En rêvant cela, Québec solidaire s’engage concrètement pour l’avenir.
LA MULTIPLICITÉ DES VOIX : UN GAGE D’UNITÉ
On pourrait reprocher à Québec solidaire de vouloir rallier trop de voix différentes : féministes, écologistes, altermondialistes, Québec souverain et Québec pluriel, etc. Pourtant, moi, j’y vois une qualité et une lecture intéressante de notre environnement social. Je me reconnais dans tout cela. Je me sais de gauche et démocrate, je suis féministe et écologiste. Je suis pour une définition forte du Québec qui intégrerait son identité plurielle, tout en l’ouvrant aux solidarités internationales.
On reproche souvent à Québec solidaire de prendre trop de temps avant de se positionner, avant de se prononcer dans certaines situations où d’autres partis ont pris l’habitude de bondir comme des balles, opportunistes professionnels, qui viennent placer leurs billes le plus vite possible, profitant de chaque vague médiatique qui pourrait leur donner une visibilité, quel que soit le sujet ou la cause. Québec solidaire consulte ses membres, pratique une autre forme de prise de décision dans laquelle les représentantEs s’inquiètent de ce que pensent les membres. Au lieu d’avoir un parti où le chef aboie son point de vue, engageant par le fait même ses partisanEs qui, par la suite et quoi qu’il leur en coûte, devront le soutenir,
Québec solidaire privilégie le consensus. Un penseur français, dont j’ai oublié le nom, a écrit récemment un essai sur la fin du monde (entendre la fin de notre monde) dans lequel il affirme que ce dont nous manquerons bientôt, la grande pénurie, ce ne sera pas le pétrole ou l’eau, mais le temps. Quelle idiotie! Le temps ne manque pas. Le temps ne passe pas. Le temps ne file pas entre nos doigts. Il n’est pas une matière qui se renouvelle ou pas. Le temps est une dimension que l’on a transformée en tyrannie. C’est nous qui passons, nous qui nous affolons. Et comme c’est arrangeant de ne pas avoir le temps de consulter les membres, comme c’est plus facile de diriger ou de gouverner ainsi! Pour l’instant, Québec solidaire consulte et malgré le bon sens de cette démarche, on a souvent l’impression en lisant les commentaires des journalistes et des opposantEs, que cela est une tare! En démocratie, il faut le faire!
MA LUCIDITÉ
Je ne crois pas, hélas, que Québec solidaire soit à la tête du gouvernement au lendemain du 26 mars et croyez bien que je le regrette. Mais je suis heureuse que ce parti existe, qu’il soit là, que je puisse voter pour lui et ainsi signifier, aux autres partis, et plus particulièrement au Parti Québécois, mon désaccord profond avec leur vision de la gouvernance.
Nous avons de plus en plus à faire à des hommes et des femmes d’affaires, qui gouvernent comme on gère une entreprise. La notion de « budget équilibré », de « rationalisation des ressources » passe trop souvent par des coupures dans des domaines tels que la culture (pauvres gains que vous avez faits là!), par le pelletage dans la cour des municipalités et des régions des charges qui reviennent à l’Etat, par la diminution de la qualité des services d’éducation en région en réduisant le nombre des programmes dans les cégeps, mais ne passe pas par des hausses d’impôts des grandes entreprises ou par une lutte réelle contre les évasions fiscales.
Si ces notions comptables sont plus importantes que la justice sociale ou que la lutte contre la pauvreté, il est sûr et certain que je ne voterai plus jamais pour eux. En temps d’élection, ils brandissent des promesses et des actes de foi vibrants, mais ils ont eu le pouvoir à tour de rôle et si ce qu’ils ont fait a parfois été bien et profitable pour tous (le PQ a déjà été un parti d’idées bien plus que de chiffres), ils ont renoncé à tant de « rêves collectifs », à tant de responsabilités (je pense en particulier à la loi contre la pauvreté des enfants qui n’a été suivie d’aucun geste concret) que j’ai perdu toute confiance en eux.
Aujourd’hui, rêver l’avenir semble être devenu une folie faisant preuve de la plus grande irresponsabilité. Pourtant, ce sont les rêves que nous avons faits, individuels et collectifs, qui nous font avancer depuis toujours. Un parti qui préconise une augmentation des impôts (dans une période où la richesse collective est plus grande que jamais) afin de veiller à une meilleure répartition de cette richesse, est un parti responsable. Jean Lesage appelait ainsi un Etat qui prenait soin des plus démunis. Il appelait cela un Etat responsable. On a changé le nom, on parle maintenant d’Etat providence, transformant un engagement social profond, preuve qu’une société est devenue adulte, en acte de charité. Pour ces trois raisons majeures, le 26 mars, je voterai Québec solidaire dans l’espoir que nous revenions à l’idée majeure qui a fondé toutes les démocraties : la justice sociale.
Patricia Posadas

