Les enjeux de la venue de Québec solidaire sur la scène politique québécoise
Par Marcel Méthot, chargé de cours à l’UQAR (doctorat en développement régional)
Ce
qui existe aujourd’hui a d’abord été rêvé…
Pourquoi je suis enthousiaste à l’arrivée de Québec solidaire sur la scène politique québécoise?
Parce que je suis « mou »… parce que je suis un penseur « mou »…
En 1995, avant le dernier référendum, le PQ avait produit un document de formation où il était question de stratégies pour convaincre les souverainistes mous d’adhérer à la cause suprême. On y décrivait sommairement ce qu’était un souverainiste mou : une personne indécise, peu informée et peu formée, peu éveillée à la chose politique, etc.
Je prenais alors conscience que j’appartenais à la caste des mous. Les non mous, c’était soit les souverainistes convaincus, soit les fédéralistes convaincus.
Ainsi, parce que ma vision de la politique ne se réduisait pas à une position constitutionnelle stricte, je me voyais attribuer un diagnostic de déficit intellectuel, de mollesse politique.
Au printemps 2002 (je crois), j’étais à Montréal au congrès de fondation de l’Union des Forces Progressistes. J’avais l’intuition que plusieurs sympathisants de l’UFP étaient des mous comme moi. Je me disais qu’être mou en gang, c’était moins pire qu’être mou tout seul.
Mais dès le prononcé du discours d’ouverture par Paul Cliche, je me suis senti seul, même parmi ceux que je croyais mous. Après avoir souligné que ni le PQ, ni le PLQ, ni l’ADQ n’avait la solution pour le Québec, monsieur Cliche a informé son auditoire que : « nous, à l’UFP, nous avons la solution ». Je me sentais seul, je me sentais mou…
Je n’aime pas les solutions. Que ce soit le souverainisme, le fédéralisme, l’autonomie assortie d’un confédéralisme asymétrique, la lévitation ou le statu quo, je n’aime pas les solutions. John Saul disait, dans les Bâtards de Voltaire : « La solution, c’est pas un problème! ». La solution, c’est comme le consensus ; ça se trouve en faisant taire la critique.
Je n’aime pas les solutions car, contrairement à ce qu’on pense souvent, la pensée utopique n’est pas une pensée de solution. La pensée utopique est une pensée d’ouverture, une anti-idéologie. La pensée utopique, c’est une invitation à identifier ce qui, dans le réel, est porteur d’idéaux. L’important, c’est de comprendre que le réel est trop complexe pour figer le projet utopique autour d’un seul idéal réducteur. C’est là qu’on parle d’idéologie, c’est-à-dire cette prétention que l’on peut avoir de connaître ce qui est bon pour tous, cette prétention que c’est moi qui a la solution.
Être idéologique, c’est avoir une idée sur le bien, le juste, le vrai, en excluant toute autre idée. C’est dire que celui qui pense autrement que moi pense croche, pense mou. La pensée utopique, c’est croire qu’il est possible d’approcher le bien, le juste, le vrai, mais que cela se fait à partir d’un préalable : considérer toutes les expressions du bien, du juste, du vrai. C’est une pensée qui refuse toute idée de solution unique, formalisée une fois pour toutes.
La pensée utopique, par contre, considère aussi que le fait qu’il y ait absence d’une solution unique n’implique pas qu’il faille s’abstenir de formuler des pistes de solutions. Parce que la pensée utopique invite à une posture anti-fataliste. Non, je n’ai pas la solution pour le Québec de demain, mais je pense que tout est possible, même si ce possible reste à définir. Je ne sais pas ce qu’est le meilleur des mondes, mais je crois qu’on peut penser et travailler ensemble pour un monde meilleur. Je ne connais pas la solution pour assurer le bonheur pour tous, mais je crois qu’on peut penser et travailler ensemble pour réduire les conditions du malheur. Je ne sais pas comment régler la problématique complexe de la pauvreté, mais je crois qu’il est de notre devoir de penser et travailler ensemble pour offrir au plus grand nombre des possibilités d’épanouissement.
Castoriadis disait que « l’objectif de la politique n’est pas le bonheur, mais la liberté ». Je crois que tous devraient bénéficier des conditions d’exprimer, avec le moins de contraintes objectives possibles, leur liberté citoyenne, pour participer effectivement à la définition toujours partielle du projet de société. C’est notamment ainsi, je crois, qu’on doit traiter la question de la pauvreté.
L’arrivée de Québec solidaire, en ce sens, m’enchante.
- Parce que l’ambivalence du parti en ce qui a trait à la question constitutionnelle me fait mieux assumer ma molitude. La souveraineté, pourquoi pas, mais envisagée comme moyen de réaliser le projet d’une société de bien commun;
- Parce que l’ingrédient majeur de l’argumentaire du parti, le Bien Commun, est encore à définir, par ce que les « Solidariens » appellent une démarche de démocratie participative. J’entends : « nous n’avons pas la solution totale, mais nous croyons que nous pouvons définir démocratiquement un ensemble de solutions partielles»;
- Parce que la politique ne se réduit pas à la course au pouvoir pour le pouvoir. La politique, c’est la délibération la plus ouverte possible sur le projet de société qu’on veut se donner. Un parti explicitement à gauche sur la scène politique ne peut que favoriser un enrichissement du débat (ex. Chartrand);
- Parce qu’il est temps qu’on ait d’autres alternatives qu’un Canada néolibéral ou un Québec indépendant néolibéral;
- Parce que je suis un penseur mou, un utopiste, qui ne connaît pas la solution, mais qui croit fermement qu’il y en a bien plus que celles qu’on nous propose actuellement dans les grands partis;
- Parce que je pense qu’il est temps que l’on cesse de taxer de nostalgiques ceux et celles qui croient encore qu’il est possible de penser la politique en fonction du bien commun;
- Finalement, parce que je pense qu’il est possible de sortir des PPP;
- La politique, c’est Pas Pour les Pauvres;
- La politique, c’est Pas pour les Petits Partis;
- En politique, Penser c’est Pas Possible;
- Hors du duel constitutionnel, Pas de Projet Potable.
Quand tous les partis se ressemblent, la Politique est Pas mal Plate.

