La fête des travailleurs et travailleuses

La fête des travailleurs et travailleuses 
Au départ de la marche pour la Fête des travailleurs et travailleuses au Parc Lafontaine à Montréal nous avons rencontré Sujata Dey, candidate de Québec Solidaire dans la circonscription d’Outremont lors des élections de 2007.

Québec solidaire – Outremont: Bonjour Sujata.  Ça fait plaisir de te voir.  Aujourd’hui, le 3 mai 2008, tu participes comme des dizaines de milliers de Québécois et Québécoises à la manifestation de la Fête des travailleurs et travailleuses.  Selon toi, à combien de manifestations pour la Fête de travailleurs et travailleuses as-tu participé ?

Sujata : Je ne pourrais pas dire.  Lorsque je suis née, mon père était en grève, alors je ne peux pas te dire.  Beaucoup j’imagine.  J’ai participé à ces marches dans plusieurs villes où j’ai habité.  C’est une tradition très importante, car cela nous rappelle l’importance du mouvement ouvrier partout au monde, maintenant plus que jamais, avec la mondialisation.   

Québec solidaire – Outremont : Si tu te reportes à une de ces manifestations, il y a dix ans, qu’elle est la différence avec aujourd’hui ?

Sujata : Il y a un mythe qui dit que nous avons des gros syndicats, et que les syndicats ont beaucoup trop de pouvoir.  Les gens disent aujourd’hui que les syndicats sont trop forts, mais dans les faits, la mondialisation et les politiques qui diminuent l’État ont eu un gros impact. C’est si prononcé que les économistes parlent d’une diminution du pouvoir des ouvriers.

Et regardons la réalité! Les conditions d’emploi sont précaires.  Nous avons régressé en ce qui a trait à la permanence des emplois.  Ce sont des conditions d’emploi de plus en plus rares.  Les lois adoptées par Charest n’ont qu’augmenté ce problème.  

Récemment, Statistique Canada publiait un rapport où l’on pouvait lire que les salaires n’avaient pas augmenté depuis vingt-cinq ans.  Il a été établi que les gains des travailleurs à temps plein ont augmenté de moins que $50 depuis 1980.  En 1980, le salaire médian était de 41 348 $.  En 2005, ce salaire était de  41 401 $.  Il n’y a eu une augmentation de seulement 53$ !

D’autre part, les riches sont encore plus riches.  Les revenus des plus riches ont augmenté par 16,4 % et les revenus des plus pauvres ont diminué de 20,6%.  Dans cette asymétrie des revenus des salariés, les immigrants et les jeunes ont perdu beaucoup depuis vingt ans sur le marché du travail et ils sont beaucoup plus pauvres que les autres Canadiens en général.  Ma génération (ceux de moins de 35 ans) gagne beaucoup moins que leurs  parents et cette génération n’a pas accès à un fond de pension étant donné qu’ils travaillent dans la précarité

Le rapport de Statistique Canada dit aussi que maintenant les gens dépensent une plus grande part de leur budget en loyer parce que les prix ont aussi augmenté, faute de logements sociaux.  Depuis 1990, le fédéral a coupé beaucoup dans le logement social et le provincial n’a pas entrepris les démarches adéquates pour assurer le logement abordable.  À Montréal, les locataires connaissent des hausses de loyer et tout le monde connaît des gens qui sont forcés de déménager à cause de ces augmentations.  Pour les travailleurs et travailleuses, le logement représente l’essentiel de leurs dépenses.  Au bout du compte, les gens ne gagnent pas beaucoup plus qu’il y a dix ans, ils paient beaucoup plus en logement, et en alimentation, mais ils ont beaucoup moins dans leurs poches.  

Nous avons eu l’effet de gouvernements qui ont décidé de plus en plus de laisser aller les compagnies en ne leur demandant pas de contribuer à la société en payant leur juste part d’impôts.  Nous avons eu une détérioration dans les programmes sociaux depuis des années et une diminution de nos salaires.  Nous n’avons qu’à regarder notre système de santé et dans notre système d’éducation où la qualité des services a beaucoup diminué.  Malheureusement, nous avons assisté passivement à cette réalité et nous nous sommes ajustés à ces faits au cours des années.  Cependant,  lorsque l’on observe cette situation froidement, je ne comprends pas pourquoi les gens ne sont pas outrés!   

Québec solidaire – Outremont : Quelle est la place des syndicats aujourd’hui ?

Sujata :   Les syndicats sont là pour défendre leurs membres, c’est leur travail numéro un.  Mais aussi, les syndicats devraient être là pour assurer qu’il y a un meilleur climat social pour tous ceux qui forment la société.  Le rôle d’un syndicat est de toujours travailler en solidarité avec les immigrants, les personnes pauvres ou sans emploi et les gens qui travaillent pour les droits de la personne.  Souvent, les droits des uns et les droits des autres sont intimement liés.  Par exemple, s’il n’y a pas un système de sécurité de revenu adéquat, les gens ont davantage tendance à travailler dans des conditions d’exploitation parce qu’il n’y a pas des véritables choix.  Si nous avons un système de santé inadéquat, c’est les travailleurs qui perdent en fin compte.  Je vois les syndicats comme un important catalyseur pour défendre la majorité des gens.