Allocution lors de la procession funéraire du 24 octobre 2007
Mes chers-ères ami-e-s,
Nous
sommes réuni-e-s ici afin de rendre dignement un dernier hommage à
l'éducation accessible et de qualité. Nous sommes également ici
pour dénoncer la hausse des frais de scolarité et le sous-financement
en éducation. Contre vents et marées, contre l'absurdité que constitue
la guerre, contre la pensée unique qui accapare nos tribunes, sauf celle-ci, mais
également pour une société juste, pour une éducation accessible
et de qualité, pour cet autre monde que nous croyons possible, nous
proclamons, nous revendiquons et nous réaliserons la gratuité scolaire.
Nous dénonçons le gouvernement fédéral lorsqu'il prétend faire la guerre en Afghanistan au nom de la paix. Nous savons très bien d'où proviennent les racines de l'intervention armée en Afghanistan. Loin d'être des motivations pacifistes, il en va de pur impérialisme. Qu'est-ce que la doctrine Carter, sinon que pur impérialisme? En effet, en 1980, constatant une baisse drastique des ressources pétrolières sur le sol étasunien, le président James Carter énonça sa doctrine en matière de politique étrangère : les ressources énergétiques du Moyen-Orient devaient coûte de coûte appartenir ultimement aux Étasuniens qui devaient se les approprier soit diplomatiquement soit par la force. C'est ce qui a motivé la première guerre du Golfe, c'est ce qui a motivé l'actuelle guerre en Irak et voilà qui motive notre intervention en Afghanistan. Nous y agissons comme les sous-contractants de l'armée étasunienne, faisant de nous-mêmes les instruments de l'impérialisme que nous rejetons. Il faut nommer les choses telles qu'elles sont. Il est intéressant de constater qu'à l'époque, « nous » y aidions nos ennemis d'aujourd'hui contre les forces soviétiques lors de leur invasion de l'Afghanistan. Et ce matin, en une du Devoir, nous apprenons que nos forces armées utilisent des mercenaires, dont la firme Blackwater (une firme de la compagnie Halliburton du vice-président étasunien, M. Richard Cheney). La guerre en PPP, voilà qui doit certainement plaire aux tenants du libéralisme à tout crin! Malheureusement pour eux, sur le terrain, ça ne fonctionne pas.
Au lieu d'être fièrement le sous-contractant des intérêts mercantiles des États-Unis, le gouvernement fédéral du Canada ferait mieux de s'occuper à construire un pays où il fasse bon vivre. Qu'il fasse sa juste part dans des domaines comme le logement social et, comme nous le réclamons aujourd'hui, en éducation. Quelle hypocrisie que de se servir des énormes surplus budgétaires réalisés sur le dos des étudiant-e-s, des travailleurs-euses, des chômeurs-euses, du logement social, de l'éducation, etc., afin de prétendre à l'instauration d'un monde meilleure par l'allocation de gigantesques ressources aux forces armées. Qu'il donne les moyens nécessaires au Québec de réaliser les programmes sociaux dont nous avons tant besoin, qui incluent la gratuité scolaire et les ressources nécessaires à la résorption du sous-financement en éducation. Pourquoi ignore-t-il les rapports de l'ONU qui s'inquiètent de la baisse de l'accessibilité en éducation au Canada?
Et qu'en est-il du gouvernement québécois? Après avoir réclamé sur toutes les tribunes de meilleurs transferts fédéraux, le voilà qui transforme ces mêmes transferts en baisses d'impôts sous couvert de progressisme. Le voilà qui hausse les frais de scolarité et ignore la question des frais afférents. N'a-t-il pas appuyé la Loi sur la lutte à la pauvreté? N'a-t-il pas assez de rapports mis à sa disposition qui indiquent un écart croissant entre riches et pauvres, des rapports qui concluent que les frais de scolarité sont un frein à la poursuite des études?
Et nous voilà aujourd'hui. Et comme ces cultures qui célèbrent la mort comme d'une nouvelle étape, nous pleurons certes la disparition temporaire de l'éducation accessible et de qualité, mais nous ne baissons pas les bras. Nous célébrons notre existence. Nous célébrons notre audace.
À Québec solidaire, nous travaillons à l'élaboration d'un programme politique qui inclus la gratuité scolaire. De récentes études démontrent qu'une telle chose est parfaitement viable. Gratuite, c'est-à-dire qui soustrait des intérêts mercantiles la formation de l'individu, la réalisation de son potentiel physique et cognitif. Un gouvernement de Québec solidaire prendrait les moyens nécessaires afin d'éliminer ultimement l'endettement étudiant. Nous en sommes déjà à travailler sur la manière dont nous pourrions réaliser une réforme de l'Aide financière aux études (AFE) afin que ce système soit intégralement public. Oui, nous nous inspirons de ces pays qui en plus de la gratuité scolaire, ont des systèmes de prêts et bourses justes. Nous croyons qu'un étudiant ou une étudiante doit passer plus de temps à étudier, à s'impliquer dans son milieu scolaire, que de temps à travailler, le plus souvent du temps au salaire minimum, afin d'espérer un jour pouvoir en terminer avec le paiement des intérêts à des banques qui ne recherchent que le profit maximum.
Nous croyons qu'en plus, une Assemblée constituante nous permettrait de jeter les bases d'un Québec social et pacifiste. Faire du Québec un pays où l'éducation serait réellement accessible, de qualité et humaniste, un pays où nos engagements internationaux passeraient par une réelle solidarité et par le dialogue, par l'humanitaire, par le développement durable.
Ce sont là, chers-ères ami-e-s, l'essence de notre indignation, mais également l'essence de nos propositions. L'indignation est constructive dans la mesure où elle est le moteur de notre engagement, notre engagement à réaliser cet autre monde possible. Et pour cela, il s'agit, je crois, d'avoir le courage de notre audace.

