Discours d’investiture de Ruba
Je veux commencer par vous dire pourquoi j’ai choisi de devenir candidate pour Québec solidaire. J’aime me dire que c’est parce que je réponds à un appel. Un appel lancé le 28 janvier 2003 dans le Devoir par le collectif D’abord solidaires. Manon est François faisaient partie des signataires. Le titre était « Appel pour un Québec solidaire ». C’est arrivé à un moment de ma vie où j’avais le temps et le goût de m’impliquer dans une cause qui me tienne à cœur. Le texte remettait en question le néo-libéralisme et l’individualisme ambiants et mettait à l’ordre du jour la recherche du bien commun. J’ai commencé tranquillement à participer aux assemblées organisées par le collectif et animées si brillamment par Manon.
Par la suite, j’ai été élue au comité de coordination national d’Option citoyenne où j’étais impliquée principalement à la mobilisation auprès des jeunes. Aujourd’hui, je suis membre du comité de coordination national de Québec solidaire où je suis responsable au recrutement, à la diversité et à l’inclusion. J’ai choisi ce poste parce que je suis très préoccupée par l’intégration des personnes issues des communautés culturelles au Québec mais aussi à l’intérieur même du parti et de ses instances.
Je suis moi-même d’origine palestinienne, née au Liban. J’ai eu la chance d’arriver ici très jeune, à l’âge de 10 ans. Néanmoins, je ne parlais pas un mot de français et j’ai dû m’adapter à ma société d’accueil. Alors, je peux deviner ce que ça peut être pour un adulte qui doit recommencer à neuf. Une des caractéristiques principales de Laurier-Dorion est d’être très multi-éthnique et c’est ce qui rend cette circonscription si intéressante. J’ai le goût de consacrer mon temps et mon énergie à donner une véritable alternative politique à la population d’ici.
Je voudrais dire merci à vous, les membres de Laurier-Dorion, de m’avoir choisie pour être votre candidate. Merci aussi au comité d’investiture qui a préparé cette belle soirée. Merci aux membres des autres circonscriptions et amis de Québec solidaire qui se sont déplacés pour être présents à ce moment si important pour nous. Merci à Amir Khadir d’être ici.
Je veux remercier plus particulièrement Manon Massé et François Saillant pour leurs discours et leur appui. Leur engagement soutenu pour une plus grande justice sociale en fait des modèles inspirants pour moi et Dieu sait à quel point nous avons besoin de modèles positifs dans notre société, surtout pour les jeunes dont je réclame faire partie pour un bout de temps encore.
J’aurai bientôt 29 ans et même si la politique m’a toujours intéressée, mon militantisme actif a débuté en 2004 lors de la fondation d’Option citoyenne. Cela faisait près d’un an que j’avais fini mes études en environnement et que j’étais sur le marché du travail. Je trouvais que j’avais de la chance. Ma famille m’a toujours soutenue dans mes études et dans mes choix. La société aussi m’a beaucoup donné et je voulais participer à ma façon à l’avènement d’un Québec que je serais fière de léguer à mes futurs enfants.
Près de trois ans plus tard, mon engagement dans Option citoyenne et maintenant dans Québec solidaire et le soutien de Mohamed, l’homme de ma vie, m’ont amené à vaincre mes peurs et à faire le choix de devenir candidate. J’ai énormément de chance de vivre ici au Québec et de pouvoir faire ce genre de choix. Si mes parents n’avaient pas décidé, il y a 18 ans, de venir s’installer au Québec, cet été, au lieu de militer et de réfléchir au Québec dont je rêve, j’aurais vu ma maison à moitié détruite au Liban comme cela est arrivé à ma grand-mère et à ma tante à qui je veux rendre hommage ce soir. Et si en 1948, mes grands-parents n’avaient pas décidé de fuir la Palestine en guerre, j’aurais été témoin dès mon enfance de la violence inhumaine qui sévit dans ce coin du monde. Je ne peux qu’être reconnaissante à la vie de m’avoir donné la chance d’être ici ce soir avec vous pour vous parler des défis qui attendent notre parti au Québec et plus particulièrement dans Laurier-Dorion.
Parlons un peu de notre circonscription.
Laurier-Dorion, c’est les quartiers Villeray et Parc-Extension. Villeray, quartier majoritairement francophone qui connaît une diversification ethnique de plus en plus importante de sa population depuis quelques années. C’est aussi le Parc Jarry, un grand îlot de verdure à conserver et à développer et qui profite aux résidents des deux quartiers. La vie communautaire et associative est très riche et dynamique. Pensons au Centre Villeray et au Centre Lajeunesse qui regroupent un grand nombre d’organismes. Parc-Extention possède aussi son centre communautaire situé sur St-Roch et qui regroupe entre autres une coalition jeunesse et un CPE. C’est un quartier où se côtoient une centaine de communautés culturelles. C’est aussi l’un des quartiers les plus sécuritaires de Montréal, malgré une mauvaise réputation acquise lors de la crise économique du début des années 80. Le secret de cette belle cohésion sociale ? Toutes les communautés qui y vivent sont minoritaires, ce qui élimine les conflits qu’on voit souvent naître entre le groupe majoritaire et les autres.
Sur quels enjeux souhaitons-nous nous concentrer dans notre plate-forme locale ? Ils sont nombreux. La pauvreté, le logement et l’intégration des nouveaux immigrants sont prioritaires.
Plus du tiers des habitants de Laurier-Dorion vivent sous le seuil de la pauvreté. Ce taux grimpe à plus de 50 % dans Parc-Extension, qui détient le triste record d’être le quartier le plus pauvre au Canada ! Cette situation est extrêmement préoccupante, puisqu’elle se reflète dans certaines écoles du quartier où les enfants sont mal nourris. Il est absolument inadmissible qu’une société riche comme la nôtre accepte de voir ses enfants souffrir de sous-alimentation. Des initiatives formidables telles que le magasin-partage, une solution de rechange aux paniers de Noël où les personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté payent 10 % de leur facture d’épicerie, doivent être encouragées. Mais il faut beaucoup plus que cela. À Québec solidaire,nous défendons le bien commun et la justice sociale et cela signifie ni plus ni moins éradiquer la pauvreté, notamment par une meilleure redistribution de la richesse.
Le logement constitue un autre défi à relever. Le problème du logement est criant dans Laurier-Dorion où près de 80 % des résidents sont locataires et où la densité de la population est une des plus élevées à Montréal. La construction récente de 83 logements sociaux à Durocher-D’anvers à Parc-Extension et de la Coopérative d’habitation La Collective à Villeray sont de beaux projets mais ils demeurent insuffisants quand on sait que plus de 1800 ménages sont en attente d’un logement à prix abordable, dont plus de 1400 sont des familles. Actuellement, le gouvernement finance des coopératives et des organismes sans but lucratif en habitation. Nous devons cependant faire un pas de plus et financer également des HLM. Il faudra aussi se pencher sur les moyens à mettre en place pour atténuer les effets des hausses de loyer sur les personnes pauvres, notamment en rendant obligatoire le contrôle de ces hausses et en augmentant l’allocation-logement. Nous remarquons aussi une hausse du nombre de condos dans certains secteurs du quartier Villeray, ce qui diminue le nombre de logements locatifs disponibles et ce qui à long terme risque de changer le visage de ce quartier traditionnellement populaire. Mais au-delà du nombre de logements disponibles, la qualité et la superficie des logements doivent aussi être prises en considération, surtout quand on sait que les logements dans Parc-Extension sont plus petits alors que les familles sont plus nombreuses.
Nous parlons beaucoup de l’accès au logement mais qu’en est-il de l’accès au transport en commun ? Malgré les huit stations de métro dans la circonscription, le transport en commun demeure inaccessible pour les personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté. À Montréal, les tarifs du transport en commun ont augmenté de 30 % en cinq ans. Qui subit ces augmentations ? Principalement, les petits salariés et les femmes qui prennent le transport en commun dans de plus grandes proportions que les hommes. Cette situation est inéquitable puisque les femmes de Laurier-Dorion ont des revenus 18 % inférieurs à ceux des hommes. Il faudra investir massivement dans le transport en commun pour arrêter la dépendance à la voiture qui en plus de dégrader la qualité de l’air et d’augmenter les GES, augmente les risques d’accidents sur les artères importantes telles que Christophe-Colomb et St-Denis. C’est pour toutes ces raisons que Québec solidaire s’oppose au prolongement de l’autoroute 25 et propose des alternatives beaucoup plus viables.
À Laurier-Dorion, plus d’une personne sur deux est née à l’extérieur du Canada. À Parc-Extension, 93 % de la population est d’origine étrangère. C’est aussi un quartier qui a un taux de chômage de 20%, plus de deux fois plus élevé que la moyenne montréalaise. Les difficultés éprouvées par les personnes issues des communautés culturelles dans leur recherche d’emploi constituent ici une réalité omniprésente. C’est pourquoi il presse de reconnaître les diplômes acquis à l’étranger. Il faudra aussi sensibiliser les employeurs à cette nouvelle réalité et même légiférer pour les amener à embaucher plus de personnes issues des communautés culturelles, à commencer par le gouvernement. Je veux souligner le fait qu’une grande proportion des immigrants de Parc-Extension est arrivée récemment au pays. Un grand nombre n’a même pas encore la citoyenneté canadienne. Actuellement, ces nouveaux arrivants doivent attendre trois mois avant d’avoir accès à l’assurance-maladie. Cette situation est intenable, en particulier pour les familles qui arrivent avec de très jeunes enfants et il y en a beaucoup.
Un fait frappant à Parc-Extension : 13 % de ses habitants ne parlent ni français ni anglais. L’apprentissage du français constitue une condition très importante d’intégration à la société d’accueil. Il est urgent d’investir dans les programmes de francisation et de les rendre accessibles à tous les nouveaux arrivants.
En nous promenant dans les rues de Parc-Extension et de Villeray, nous ne pouvons que nous réjouir devant les petites épiceries qui recèlent les saveurs du monde et en entendant ces sonorités venant d’ailleurs. Mais il faut aussi se rappeler que cette riche diversité culturelle amène avec elle d’importants défis que nous devons relever ensemble. Ces derniers temps, la question des accommodements raisonnables a défrayé les manchettes et ravivé des sensibilités sur la place de l’expression religieuse dans l’espace public, notamment dans les institutions scolaires. Cette question touche de près notre circonscription, puisque plusieurs de ses écoles sont très fortement multiculturelles. Québec solidaire participera au débat sur les accommodements raisonnables auquel nous convie la Commission des droits de la personne. Nous aurons à réfléchir sur le sens que nous voulons donner au « vivre ensemble » et à la diversité culturelle, tout en s’assurant de maintenir les consensus qui fondent le Québec d’aujourd’hui, notamment la laïcité de nos institutions et l’égalité entre les hommes et les femmes.
Je veux souligner le fait que la religion musulmane, qui est aussi la mienne, est en progression dans la circonscription. Le quart des nouveaux immigrants dans Villeray sont d’origine maghrébine. Les événements qui se passent sur la scène internationale depuis les cinq dernières années ont stigmatisé les Arabes et les Musulmans d’ici. Il est vital pour la survie même de notre société de garder un espace de dialogue interculturel ouvert et de lutter activement contre le racisme et la discrimination.
Je termine en vous invitant tous et toutes à parler de ce nouveau parti autour de vous, à vos parents, à vos proches, à vos amis et collègues. Notre jeune parti mérite d’être connu parce qu’il défend des valeurs qui touchent beaucoup de gens. Des valeurs de justice sociale, de protection de l’environnement, d’égalité entre les hommes et les femmes et de tous les citoyens et les citoyennes, peu importe leur origine. Je vous invite aussi à vous engager avec notre équipe électorale pour vivre ce qui sera certainement une expérience mémorable. Même si les élections sont dans quelques mois, le travail commence maintenant. Nous devons aller à la rencontre de la population de la circonscription et nous faire connaître. Que ce soit en temps ou en ressources financières, nous avons besoin de votre engagement.
Merci.

