
Discours de Jules Dufour lors de l'investiture de Colette Fournier.
Chicoutimi, le 24 février 2007
UN QUÉBEC NÉOLIBÉRAL!
BASTA! BASTA!
POUR UNE GOUVERNANCE DÉMOCRATIQUE
Par
Jules Dufour, Ph.D.,
Consultant, Bureau international de la Paix, Genève, Suisse
Membre, Groupe canadien du PUGWASH, Toronto
Membre, Conseil national de Développement & Paix, Montréal
Président, Association canadienne pour les Nations Unies,
Section Saguenay-Lac-Saint-Jean
Saguenay
Février 2007
Lorsqu’un gouvernement gouverne contre les intérêts collectifs d’un peuple pour lequel il a été élu et formé il y a lieu d’être très inquiet et surtout d’envisager sérieusement l’élaboration d’une stratégie en vue de le neutraliser ou de tout simplement l’inviter à démissionner.
Le 14 avril 2003, un gouvernement libéral s’installe à Québec avec comme seul objectif de faire des «changements» et surtout de les faire en utilisant la méthode préconisée dans les dictatures, soit celle de l’imposition d’un ordre dicté, d’un ordre défini par des législations déguisées en décrets. Cette situation dans laquelle se retrouvent aujourd’hui les Québécois et les Québécoises est certainement celle que chérissent les tenants du modèle économique productiviste néolibéral. Faire en sorte qu’une minorité de privilégiés puisse s’enrichir plus facilement et surtout plus rapidement et appauvrir la majorité et surtout les travailleurs et les travailleuses. Si détruire le tissu social, miner les valeurs sociales, briser les solidarités sont les résultats recherchés par ces changements il est urgent d’en prendre conscience et de réagir tous et toutes avant de condamner la majorité au chômage et à la ruine.
En effet, ce monde proposé par l’actuel gouvernement est intolérable. C’est celui dans lequel le territoire, les ressources, les moyens de production et les services publics vont progressivement échapper au contrôle de l’État ou, en d’autres mots, au contrôle de la collectivité. Ce qui a été exigé à ce gouvernement par les marchés financiers se résume aux éléments suivants :
- Réduire la taille de l’État;
- Réduire les salaires;
- Privatiser les services publics;
- Vendre les ressources du Québec en augmentant la part des investissements étrangers et surtout celle des entreprises multinationales;
- Neutraliser les forces vives de la société et, en particulier, les associations syndicales et les organismes progressifs.
Ces mesures, on les retrouve en partie dans le document intitulé : «Plan de modernisation 2004-2007 de l’État québécois» rendu public le 5 mai 2004. Ce plan de «réingénierie» est axé sur quatre aspects : L’amélioration des façons de faire; l’allègement des structures; la réévaluation des programmes et la planification des ressources humaines. Ils correspondent pleinement à la vision du capitalisme trans-nationalisé qui cherche une plateforme d’opération sans contraintes et un accès universel et aisé à toutes les ressources stratégiques de la Planète et aussi à une main d’œuvre qui accepte de travailler dans des conditions non négociées et souvent apparentées à l’esclavage.
Le seul projet collectif que le Québec se doit de prioriser est celui de faire de notre société une société au visage humain, une société juste, une société solidaire et surtout une société unie par la coopération pour le développement durable et équitable. Or, ce n’est pas ce qui a été fait au cours des deux dernières années et qui ne semble pas non plus esquissé pour l’avenir. Les interventions de l’État ont été plutôt orientées vers la marchandisation du bien commun via la privatisation des services publics et ce en conformité avec les desiderata des représentants du G8 lors de sa réunion annuelle tenue à Évian en 2003. C’est un marché mondial qui atteint annuellement les 5 500 milliards de dollars. C’est assez intéressant en effet…
Les membres du gouvernement actuel étaient «prêts» à transformer le Québec en un terrain plus fertile pour les capitaux étrangers. Leur attitude, leurs gestes, leurs actions et leurs décisions jusqu’à maintenant sont allés en ce sens et n’ont fait que semer insatisfaction, controverses, mécontentements et oppositions dans l’ensemble de la population et avec les législations imposées dans la dernière semaine de session parlementaire de 2005 la patience des citoyens a atteint, je crois, ses limites. Rappelons-nous quelques-unes des initiatives du gouvernement qui ont provoqué la colère des citoyens : La transformation de 103 millions de dollars de bourses en prêts étudiants; le projet de construction de la centrale thermique du Suroît; la Saga du CHUM; le financement des Écoles privées juives; les coupures exercées dans les prestations de l’aide sociale et la lenteur voire la négation de négocier pour le renouvellement des conventions collectives des employés du secteur publ
ic. C’est dans ce contexte que les manifestations populaires se sont multipliées : Les étudiants des cégeps et des universités; les membres de la CSQ; la Coalition du 1er mai; les syndicats des employés du secteur public; les producteurs agricoles, le mouvement environnemental, les actions du Réseau de Vigilance, etc.
Je suis convaincu qu’un mouvement profond et unifié de résistance, de solidarité et de libération est en train de s’organiser pour crier haut et fort : «Assez, c’est assez!», de procéder par conséquent aux «changements» qui s’imposent et de faire triompher tous les principes de la gouvernance démocratique et, notamment, l’égalité, la participation, le pluralisme, le partenariat, la subsidiarité, la transparence, l’imputabilité, la responsabilité et la durabilité.
Références :
AKTOUF, O. et al. 2005 Pour un Québec solidaire. Le Devoir, le 1er novembre 2005, p. A9.
CHOSSUDOVSKY, M. 2004. La mondialisation de la pauvreté. Montréal, Édition Écosociété. 383 pages.
DUFOUR, J. 2002. La gouvernance. Sommet ONG Québec-Johannesburg. Sommet mondial pour le développement durable. Johannesburg, Afrique du Sud, 26 août 2002. 4 pages.
DUFOUR, J. 2003. Le nouvel ordre mondial se met peu à peu en place. Journal Le Devoir, le 20 août 2003.
GUAY, L. et D. Lamoureux. 2005. Deux ans de gouvernement Charest. Un bilan peu enviable pour les libéraux. Le Devoir, le 15 avril 2003, p. A9.
PÉPIN, M. 1986. Le péril est dans la demeure : les rapports Gobeil, Fortier et Scowen. Québec, 3e congrès du Mouvement socialiste, 21, 22, 23 novembre 1986. 23 pages.
STE-MARIE, G. 2005. Être lucide, c’est ouvrir les yeux sur le laisser-aller. L’Aut’courriel, No 153, 31 octobre 2005. 2 pages.
UNITED NATIONS. 2001. «We the peoples». The role of the United Nations in the twenty-first century. Briefing Papers for Students. New York, The Millenium Report, Governance, pp. 141-152.
Sites internet :
Centre de recherche sur la mondialisation : http://www.globalresearch.ca / http://www.mondialisation.ca
Libérons-nous des projets néolibéraux!:
http://www.csq.qc.net/section5/nouvelles/nouvelle2328.html
Des actions régionales et locales / Réseau de Vigilance :
http://www.google.ca/search?hl=fr&ie=ISO-8859-1&q=Manifestations+populai...
Déclaration commune des six plus importantes organisations syndicales du secteur public / Non à la loi spéciale :
http://www.cyberpresse.ca/article/20051221/CPOPINIONS/51221219/5288/CPOP...
En riposte au décret, le SPQ Libre invite à l’action politique : http://www.q1234.com/fr/releases.html
